Troublée par la difficulté scolaire

Encore un livre sur les difficultés scolaires.

Oui, parce que de nos jours, avec les progrès des neurosciences, qui ne remettent pas forcément en cause la psychologie, on connait maintenant mieux de nombreux troubles cognitifs, qui peuvent cohabiter avec des troubles psychologiques.

 

J’ai donc emprunté à la bibliothèque Aider l’enfant en difficulté scolaire de Jeanne Siaud-Facchin.

 

Voici un très long « avis » sur le livre, pour donner un aperçu de sa richesse dans le contenu.

N’ayant pas les compétences pour juger de la qualité de ce qui est énoncé, je ne peux que constater que les propos sont tout à fait modérés, par rapport à d’autres livres que j’ai lu sur le sujet.

Jeanne Siaud-Facchin insiste, du « tout psy » au « tout neuro », il y a danger dans les deux cas.

 

 

La première réflexion ici, très utile, est de faire la différence entre des difficultés normales (et normalement passagères) et l’échec scolaire, qui concerne des difficultés durables, voire insurmontables.

 

Pour s’interroger sur les difficultés scolaires, il faut commencer par se demander comment on apprend.

Jeanne Siaud-Facchin parle tout d’abord des différentes mémoires : à court terme, de travail, à long terme, cette dernière comprenant la mémoire explicite (mémoire sémantique et mémoire épisodique) et la mémoire procédurale.

 

Ces concepts permettent déjà d’expliquer l’intérêt d’apprendre par cœur. Certes cela ne sert à rien si on n’a pas compris, mais c’est utile pour automatiser certaines connaissances car on libère des ressources cognitives pour faire autre chose, ce qui permet d’être plus performant et plus rapide.

 

Mais avant toute chose, il faut accepter de ne pas savoir, ce qui met en jeu les concepts de confiance en soi et d’estime de soi.

Il faut aussi créer des liens, entre une information nouvelle et celles que l’on a déjà enregistrées. Il faut « contextualiser ».

Il faut aussi comprendre comment l’apprentissage devra être restitué.

Apprendre suppose une construction personnelle du savoir, celle-ci ne peut pas être imposée systématiquement à l’enfant. Trop aider un enfant peut être aussi néfaste que ne pas l’aider du tout car l’enfant doit éprouver, exercer sa propre façon d’apprendre.

Les nouveaux apprentissages peuvent faire peur et il faut un temps d’appropriation pour prendre en compte les processus d’accommodation, par lesquels les nouveaux savoirs modifient les connaissances antérieures.

Il faut parfois lutter contre les théories implicites de l’enfant (« de toute façon, je suis nul… »), ce qui ne passe pas par le discours mais par des tâches accessibles.

Enfin, il faut trouver ou retrouver le plaisir de connaître, à ne pas confondre avec le plaisir d’apprendre (comme on aime savoir faire du vélo, mais on n’a pas forcément aimé le moment où on apprenait à en faire).

 

Bref, on devine , à la complexité des procédés en jeu, qu’il risque d’y avoir des grains de sable qui vont gêner la machine pour un grand nombre d’enfants.

 

 

Jeanne Siaud-Facchin se penche ensuite logiquement sur ce qui empêche les enfants d’apprendre : les troubles cognitifs et les troubles psychologiques.

 

Parmi les troubles cognitifs, la déficience intellectuelle (environ 2 % des enfants), le surdon intellectuel (environ 2 % des enfants), tous les troubles « dys » qui correspondent à un trouble instrumental (dyslexie – 8 à 10 % des enfants, dysphasie – 1% des enfants, dyscalculie, dyspraxie visuo-spatiale – 6 à 8 % des enfants), trouble d’hyperactivité avec ou sans déficit de l’attention (3 à 5 % des enfants), trouble de la mémoire (rare sans traumatisme physique) et les troubles du raisonnement et de la logique, ROR (retard d’organisation du raisonnement) et DCP (dysharmonie cognitive pathologique).

 

Pour chacun de ces troubles, des explications sont données, plus ou moins développées. Jeanne Siaud-Facchin s’attarde sur le trouble d’hyperactivité (qui est sûrement un des plus difficiles à gérer parmi les troubles assez répandus) et sur la dyspraxie (jusque-là méconnue mais pour laquelle on dispose maintenant de nombreuses informations).

 

Au vu du nombre de ces troubles, il est difficile d’en maîtriser toutes les subtilités, d’où l’intérêt de lire ce livre qui apporte forcément un grand nombre de connaissances sur le sujet.

Si je cite les fréquences d’apparition, c’est pour montrer qu’au total, les enfants (donc les élèves que je suis amenée à avoir en charge) atteint de ces divers troubles représentent une partie non négligeable de l’ensemble.

 

Dans cette partie, l’auteure insiste sur l’importance du dépistage et la prise en charge précoce (ce qui ne veut pas dire trop tôt non plus – par exemple, la dyspraxie ne doit pas être prise en charge avant 5 ans, la dyslexie ne peut pas être diagnostiquée avant la fin du CE1) car on peut remédier, au moins en partie, à la plupart de ces troubles.

Elle rappelle aussi qu’il faut se méfier du « symptôme phare », ne pas tout attribuer au trouble,  qu’un enfant n’est pas un diagnostic, que tous les enfants avec le même trouble ne sont pas identiques, qu’un trouble peut en cacher un autre, que l’enfant n’est pas responsable de son trouble et qu’il a des besoins spécifiques.

 

Une autre partie développe les troubles psychologiques, de l’estime de soi, d’angoisse ou d’anxiété, du refus scolaire anxieux à la phobie scolaire, les TOC et les troubles du développement et de la personnalité (dysharmonie d’évolution ou trouble envahissant du développement – autisme – au trouble dissociatif – schizophrénie).

 

Devant la multiplicité des obstacles éventuels à la réussite de l’enfant, on peut être inquiet et la partie suivante donne des pistes pour que l’enfant réussisse.

Chacun doit être à sa place. Les parents font au mieux et ne doivent pas être jugés par les profs. Ponctuellement, ils peuvent soutenir leur enfant, se mettre de son côté, mais dans l’ensemble, ils doivent faire confiance à l’école.

La motivation étant nécessaire, le concept est expliqué : différence entre motivation extrinsèque et intrinsèque, renforcements positifs…

Quelques freins à la réussite sont envisagés : réussir peut être difficile à gérer pour l’image que donne l’enfant face à ses copains par exemple, les croyances (la « bosse des maths » par exemple) peuvent entraver la réussite.

 

On ne doit jamais s’inquiéter d’emblée mais en cas d’échec ou en cas de doute (et l’école est souvent un révélateur des troubles d’apprentissage), il faut consulter. Pour mettre du sens, faire le point et réfléchir aux solutions alternatives, ou « pour rien », ce qui rendra les idées plus claires quand même.

 

La démarche diagnostique passe par l’observation de l’enfant, la connaissance de son histoire depuis sa naissance, ses premiers apprentissages, ses relations aux autres.

Le bilan psychologique est une étape essentielle qui ne peut être menée que par un psychologue diplômé. Il a pour objectif de savoir comment l’enfant se situe face aux apprentissages et doit être communiqué par un compte-rendu.

 

Ensuite, les prises en charge sont abordées : rééducation neuropsychologique (qui concerne le fonctionnement cognitif face aux troubles des apprentissages), psychothérapie à médiation cognitive (travail autour de la relation qu’à l’enfant avec les activités intellectuelles), psychothérapies de l’enfant et de l’adolescent, thérapies à médiation corporelle, thérapies d’affirmation de soi, guidance interactive.

 

Les spécialistes se trouvent en services hospitaliers de psychiatrie de l’enfant, en centre médico-psycho-pédagogique, en centre médico-psychologique, en libéral.

 

Pour terminer, un point est fait sur ces différents spécialistes : psychiatre, psychologue, neuropsychologue, psychothérapeute, psychanalyste, psychomotricien, neuropédiatre, phoniatre, orthophoniste et psychologue.

 

Voilà, personnellement, j’ai beaucoup appris, je serai déjà un peu moins bête à la prochaine réunion éducative au collège, en présence de spécialistes, je saurai un petit plus de quoi il s’agit.

 

 

 

L’inspiration musicale, c’est M., un de mes élèves, opéré deux fois du cerveau, pour poser une dérivation du cervelet qui contient de l’eau. Atteint de nombreux troubles, d’apprentissage et psychologiques, c’est un garçon, en train de devenir ado, bien courageux et attachant.

 

« J’ai mis de l’eau dans mon cerveau (bis)
Ça m’refroidi quand il fait chaud (bis)
J’ai mis de l’air sous mes paupières (bis)
Je m’le garde au chaud pour l’hiver (bis)
J’ai mis du feu devant mes yeux (bis)
Pour m’éclairer quand j’y vois peu (bis)
J’ai mis de la terre sous mes pieds (bis)
Pour y planter des saladiers (bis)
De l’eau, de l’air du feu d’la terre (bis)
Du feu d’la terre de l’air de l’eau (bis)
Du ciel, des nuages et du gris
Des montagnes et du bleu pardi
Du feu d’la terre de l’eau de l’air
Une p’tite chanson et tralalère »

 

https://www.youtube.com/watch?v=nWlUp7iNs_8

 

Forte de tous ces renseignements, plus ou moins nouveaux pour moi mais qui me permettent d’y voir plus clair, il ne me reste plus qu’à prendre tout ça en compte pour préparer mes cours !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s