Lis Sénèque !

« Lis Sénèque ! », disait le personnage joué par Lucchini dans Art.

 

Nous nous laissons souvent gouverner par la colère. C’est un des points délicats du métier d’enseignant : reconnaître la frontière entre l’autorité et l’autoritarisme et se placer du bon côté.

Dans mes premières années d’enseignement, dans un collège un peu difficile, un peu mais sans plus, du haut de mon manque d’expérience et pourvue d’une absence de talent naturel pour la relation pédagogique, je me faisais presque bordéliser. Le presque est d’importance. On se raccroche à ce qu’on peut. Y compris aux collègues en salle des profs, tour à tour bouées de sauvetage et compagnons de naufrage.

Un de ces collègues m’avait raconté avoir fait sa première année dans un bahut difficile (on disait ZEP à l’époque). Il y avait une classe en particulier avec laquelle il ne s’en sortait pas. Et il s’en voulait, il se sentait incompétent, il se sentait « attaqué » par les élèves, comme s’ils s’en prenaient personnellement à lui. Et ça le rendait malade. Au point qu’un soir, il a vomi en rentrant chez lui. Ce jour, il s’est dit que plus jamais ça n’arriverait. Sa solution : le mode connard.

Devant les élèves, tu joues les méchants. Et le soir tu débranches le mode connard. Tu changes de peau. Du coup, celui qui était attaqué, ce n’est plus toi, c’est l’autre, le méchant. Et en réalité, si tu joues au méchant, c’est que tu t’y es préparé. Tu supportes bien mieux les « attaques » des élèves, qui n’ont finalement rien de personnel. Tu prends plus de recul. Tu es moins envahi par la colère. Et en vrai, tu deviens moins méchant car plus juste. Tu gagnes en autorité.

 

De la colère, de Sénèque raconte à peu près cela, entre autres.

Il donne beaucoup d’exemples de la cruauté, de la violence dont faisaient preuve les gens à l’époque (zut, quelle époque au fait ?). Un peu répétitif mais pas inintéressant.

Cela explique en long, en large et en travers qu’il ne faut pas se laisser atteindre par les bassesses, car ou bien il y a plein de bonnes raisons qu’elles existent, ou bien (soyons honnêtes) reconnaissons que nous-mêmes, nous ne sommes pas des anges avec les autres. Alors ne nous laissons pas envahir par la colère.

 

C’est un peu rassurant de se dire que le manque d’humanité chez les hommes, c’est pas nouveau. Donc la société actuelle n’est pas particulièrement décadente.

Ou c’est un peu déprimant de penser que des siècles n’ont finalement pas été suffisants à améliorer l’espèce humaine.

 

Évidemment, à la fréquentation de mes 3ème Boulets, cela ne faisait aucun doute pour moi. Et comment du coup espérer les voir s’améliorer, ou même en tirer quoi que ce soit… D’autant qu’ils déteignent. Je ne dirais pas qu’à jouer au plus con, ils vont perdre, parce que je ne me permettrais pas. Et cet état d’esprit, ça dégénère toujours : et pour un œil, les deux yeux, et pour une dent, toute la gueule…

Mais ils me font perdre mes moyens et mes cours sont de pire en pire avec eux. On fait un genre de concours de nullité, eux et moi. M’enfin ils gagnent facile encore…

 

Ça y est, j’ai lu Sénèque !

Publicités

A l’abri de rien

J’avais découvert Olivier Adam avec ce livre il y a quelques années. Il m’avait fait une forte impression.

Après avoir lu Les échoués de Pascal Manoukian qui concerne des migrants, je me suis souvenue que le thème était abordé aussi dans le livre d’Olivier Adam, même si ce n’est pas le sujet principal du roman.

 

Dès les premières pages, un style très particulier nous saisit.

Des phrases dont le rythme est cassé par l’absence de certaines virgules dans des énumérations fréquentes, litanies nous faisant ressentir le caractère désabusé, déprimé de notre narratrice et héroïne : Marie.

Elle raconte son quotidien qu’elle ne maîtrise plus tout à fait, ses liens cassés avec ceux qu’elle sait aimer encore mais qui la font chier, y compris ses enfants.

Ce livre dépeint une banlieue ordinaire, pas tout à fait dans la misère mais pas loin, avec ce poids permanent du quotidien qui tient les rêves à distance.

 

Marie se laisse porter par les événements, aide les migrants plus pour elle-même que pour eux. Mais à les fréquenter, et à fréquenter Isabelle, elle ouvre les yeux (et les nôtres un peu aussi) sur leur condition.

Ce livre est subtil, très subtil.

Une certaine tension nous envahit, on se demande si tout cela va mal finir ou s’il y aura un happy end. On se demande si les explications vont venir.

Mais la vie est pas un putain de conte de fée.

Et ce roman est subtil, depuis son titre jusqu’à la dernière ligne.

 

 

Par association d’idée avec Saint-Malo, parce qu’Olivier Adam habite près de cette ville, parce que le week-end dernier s’y déroulait le festival « Étonnant voyageur », même si je n’y suis pas allée, une pensée avec un dessin :  Crique

Quand je pense au temps que ça m’a pris pour faire ça. Mais après tout c’est un loisir comme un autre, il faut bien se distraire un peu…

Furieusement

Une histoire un peu intimiste, où l’on accompagne quelques personnages.

Le jeune Jim, rebelle en quête d’autorité, de modèle. Il reproche à son père de se comporter en lâche et ne supporte donc pas de passer lui-même pour un lâche auprès des autres jeunes qu’il côtoie.

Il y a de l’amour dans l’air avec la jeune Judy, elle aussi révoltée, contre son père car incomprise.

John, dit Platon, un autre être torturé par sa condition, rejeté par ses parents, donc en rejet des autres.

Buzz, le « chef de gang », qui permet un affrontement dans les règles.

Ray Frameck est la figure rassurante de l’adulte, qui dès les premières pages – enfin dès le début de l’histoire, a tout compris. Il sait ce que ressentent ces jeunes, et pourquoi.

Tout cela semble un peu cliché ? Je trouve aussi.

Surtout que l’histoire se déroule sur un temps très court, en deux jours, tout est plié.

 

J’avais vu le film il y a fort longtemps, qui ne m’a laissé comme souvenirs que de vagues impressions d’une tension plus ou moins forte mais toujours présente, et le souvenir de la jolie petite gueule de James Dean en faux mauvais garçon.

Dans le livre je n’ai pas retrouvé cette tension, peut-être à cause du style de l’écriture, tellement éloignée de ce que l’on écrirait aujourd’hui, particulièrement dans les dialogues.

 

 

 

Toujours très peu de temps en ce moment, c’est l’impression que j’ai du moins. Je me disperse… trois livres en cours, deux « critiques de retard », un robe qui attend d’être cousue, et l’envie de dessiner, d’écrire…

Dans l’optique rentabiliser mon temps, j’ai décidé de ne pas hésiter à dessiner, même en cinq minutes. Et voilà ce que cela donne.

fureur

Ceci est un élève en pleine activité pendant une interrogation écrite. La fureur de vivre… Furieusement pénible !

Relâche

Il serait bien que je travaille un peu. Voire beaucoup. Tout dépend de l’objectif : prévoir à moyen terme (par exemple des sujets d’évaluation pour bientôt, ou les séquences suivantes) ou prévoir à long terme (par exemple les progressions de l’an prochain. L’an prochain. Quand il va falloir assurer le changement sur tous les niveaux en […]