La bonne moitié

Longtemps j’ai cru que pour écrire, il fallait vraiment quelque chose d’important à dire, ou à la rigueur quelque chose d’original à raconter.

On dit parfois qu’un auteur écrit toujours le même livre. Et en ce qui concerne Romain Gary, c’est tellement vrai qu’il a parfois réécrit ou republier certains de ses livres.

En fait ses romans tournent toujours autour d’une ou deux idées phares, sûrement obsédantes pour lui. Chaque histoire est l’occasion de faire comprendre son sentiment à d’autres, en le mettant en scène de façon un peu différente. Évidemment, il faut quand même quelque chose à raconter, faire œuvre d’imagination.

De l’imagination, j’en ai. Envie d’écrire, aussi. En fait, je me sens prête à écrire une histoire. Mais je manque de temps. Et de talent aussi, mais mon ambition n’est pas d’écrire une bonne histoire, juste d’arriver au bout.

On verra si j’arrive à tenir cet objectif, aller au bout de l’histoire pour une fois…

 

 

La bonne moitié est l’adaptation théâtrale du livre de Gary Le grand vestiaire, par lui-même, peu avant la fin de sa vie.

Vanderputte et ses quatre orphelins, Luc, Jannie, Raton et Velours, se cachent de la gestapo. Vanderputte  s’est montré héroïque en participant activement à la résistance et en prenant avec lui ces quatre enfants de résistants, victimes par ricochet de la guerre.

Quoique, le statut de Velours n’est pas si clair, puisqu’il dit :

« Pas moi. J’ai jamais eu d’père. On l’a pas fusillé. J’suis pas un orphelin. »

 

Mais l’humain n’est pas binaire. C’est le sujet abordé ici.

En réalité la guerre est finie. Vanderputte continue pourtant de trembler, semblant victime d’une paranoïa envahissante.

Jusqu’au moment où l’on change d’angle pour en voir la face cachée. Retournement de situation : Vanderputte a donné autant, ou presque, dans la collaboration que dans la résistance.

 

Moit-moit alors ?

La grosse ou la petite moitié ?

Ce n’est pas toujours la plus importante qui pèse le plus lourd dans la balance de notre jugement à l’emporte-pièce.

 

Les enfants, en compagnie de Vanderputte le collabo, ne sont plus en sécurité non plus. Il faut qu’ils se tirent de là. Seuls ou avec le vieux ?

 

« Raton : M’en fous, moi ! C’est leur merde, je te dis… Et je la leur laisse ! Qu’ils la bouffent eux-mêmes… J’vais pas la bouffer pour eux… Allez les gars, on le plante là et on se tire !

Luc : Mais on emmène une moitié.

Raton : Quelle moitié ?

Luc : La bonne.

Raton : Non mais ça n’va pas ?

[…]

Luc : Les bonnes femmes à poil et le crâne rasé, tu as vu ?

Raton : Ben oui, c’est normal, on a gagné la guerre, non ? C’est la juste indignation qui veut ça.

Luc : Tu parles ! Tout ce que ça veut dire, c’est que les Allemands sont partis, mais que les nazis sont restés… Allez, on l’emmène. C’est pas pour lui… C’est contre les autres… »

 

Le second acte est l’occasion de nuancer un peu plus le tableau encore.

Une histoire toute en subtilité sur notre part d’ombre, son rayonnement…

Éclairant de lucidité !

 

 

La bonne moitié, celle qu’il faut s’efforcer de regarder en l’autre.

C’est tellement important avec les élèves, de ne pas oublier toutes les raisons, bonnes ou mauvaises, qu’ils ont de ne pas être aimables. Pas pour les excuser, mais pour être indulgent sur le fond. Ce qui n’empêche pas d’être sévère sur la forme. On peut donner à faire une punition et ne pas en tenir rigueur au gamin ensuite. Eviter les jugements définitifs, effacer l’ardoise pour la fois suivante. Parce que quand on a entre 10 et 14 ans, l’âge d’un collégien (et ce serait tout aussi vrai quand on a moins de 10 ans), il est malheureux d’avoir l’impression que tout est joué déjà dans l’esprit des gens. Après tout, ils ont encore la vie devant eux…

Pour moi, c’est ça la bienveillance, terme que bon nombre de prof a fini par détester à force qu’il le leur soit opposé à tout bout de champ et surtout à tort et à travers.

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