Etats d’âme

La pédagogie Freinet ! Pédagogie de projet, travail autonome des élèves, fichiers (papier) d’exercices avec autocorrection, différenciation grâce à l’utilisation de ces fichiers, travail de l’écrit à partir des productions des élèves imprimées avec une petite presse, le travail de groupe.

Toute les prescriptions de notre innovante réforme « collège2016 » semblent y être. Sauf l’oral et le côté ludique peut-être, les enfants ne jouaient pas à l’école de Freinet. Mais pour le reste, tout y est.

Et on nous dit même que de nos jours, le travail est facilité par l’usage de l’informatique : les exerciseurs permettent de vraiment différencier les parcours des élèves et l’usage d’un traitement de texte et d’une imprimante permet d’obtenir une version dactylographiée des écrits des élèves très facilement.

 

Cependant, je rappelle à toutes fins utiles que Freinet œuvrait entre les deux guerres mondiales. Ou comment faire du neuf avec du vieux… Du moins certains voudraient le croire.

Mais la force de Freinet c’était tout d’abord son engagement. Au-delà d’un simple positionnement pédagogique, il s’inscrivait dans des convictions politiques et sociales.

Je pense aussi que l’exception que constituait son projet participait de sa réussite. On y perd à vouloir faire croire à tous les élèves qu’ils sont l’exception.

Les techniques innovantes et manuelles de l’imprimerie donnaient aussi une véritable motivation aux enfants. Mais on ne peut pas transposer cela à l’utilisation de l’informatique. De nos jours, un ordinateur n’a rien d’exceptionnel pour les enfants. Alors quelle motivation va-t-il éprouver à passer encore une heure de plus sur un ordinateur pour apprendre quelque chose qui ne nécessite pas forcément son utilisation ? Et je laisse de côté la question de l’exposition aux écrans, non pertinentes ici.

 

Dans cet excellent livre, on rencontre plusieurs regards sur la pédagogie Freinet car il y a plusieurs auteurs, tous positifs cependant, pas de contradiction ici. Vers la fin, il y a quand même une réflexion de bon sens pour dire que cette pédagogie ne peut pas être une réussite si elle est imposée.

 

Ce qui me gêne actuellement dans les discours qui reprennent ces belles idées, c’est que l’on passe de tout l’un à tout l’autre. A l’école des connaissances, des notes, du cours magistral, de l’autorité arbitraire, du tout sérieux, on oppose en prônant l’école des compétences (les connaissances ne servent plus à rien, puisqu’elles sont disponibles sur internet), du sans-note (donc des compétences encore, en prétendant ne pas traumatiser les élèves), du travail de groupe – autonome si possible, car les élèves comprennent mieux avec un autre élève qu’avec un professeur forcément – de la classe inversée, de la différenciation, de l’accompagnement personnalisé et des enseignements pratiques interdisciplinaires, du « côte à côte » pédagogique (si, si), du ludique…

Et tout ça me fait rire ou pleurer, selon.

On s’entend asséner de grandes idées, mais on bricole, on fait semblant en recyclant des choses qui existent déjà. Par contre, maintenant il faut remplir des tas de papiers, de tableaux pour expliquer notre action pédagogique.

Si tu as un projet, par exemple étudier une chanson en anglais (EPI anglais – musique), il faut écrire d’abord les disciplines concernées (bon là ça va) et les compétences travaillées en lien avec le projet de l’établissement et les programmes ou les parcours. On te demande aussi d’évaluer le temps passé. Tout ça passe en conseil pédagogique (environ dix personnes réunies chez nous), puis en conseil d’administration (environ vingt personnes réunies chez nous).

 

Tout ça ne change pas notre quotidien immédiat. Par exemple aujourd’hui si je déprime à 1h du mat devant mon ordi c’est à cause d’une prise de tête avec mes collègues sur la constitution des classes : quels élèves on met ensemble ou pas, parce que prendre en compte toutes les affinités n’est pas toujours compatible avec des classes de niveau équivalent. Nous n’avons pas tous la même idée de l’égalité des chances. Donc, pas forte engueulade aujourd’hui, mais je suis partie. Sans claquer la porte, histoire de faire genre, ça ne m’atteint pas. Mais c’est faux, apparemment.

Malheureusement, cette année, j’ai eu beaucoup d’occasion de m’énerver à propos de mes collègues. Par exemple, quand personne ne veut faire partie du conseil d’administration, pour tout un tas de bonnes raisons (à force de fréquenter les élèves, on est aussi fortiche qu’eux pour les bonnes raisons…). Ou bien quand en réunion les gens ne se positionnent pas pour l’avis de la principale, ni contre non plus, mais qu’après on vient t’expliquer que la solution que toi tu as soutenu n’était pas la bonne. Quand certains râlent en salle des profs mais ne disent plus rien en réunion. Quand certains ne sont pas contre les sorties payantes (je sais ça c’est une question d’opinion, chacun les siennes, mais ça, ça ne passe pas). Quand certains ne s’inquiètent pas des changements qui vont avoir lieu parce qu’ils ne se renseignent pas et qu’ils tombent des nues quand enfin ils comprennent les enjeux que pourtant tu leur expliquais souvent.

Bref, je n’ai jamais eu aussi envie de changer de métier. A trois jours de la fin de l’année scolaire, ce n’est pas très grave. Mais je crains pour septembre de ne pas avoir réussi à me remotiver. D’autant que je n’ai jamais eu autant de boulot à prévoir pendant juillet et août que cette année. Or, je veux bien y consacrer quelques heures, plusieurs fois, mais pas des journées entières et là ça me semble juste insurmontable. Et puis pas envie. Et puis pas le courage. Et puis…

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