Atomka, sans modération

Dans ma série « Vas-y Francky c’est bon… » Oui… Oui ! Suite des aventures de Sharko et Hennebelle. Les voilà repartis tous les deux sur une nouvelle enquête : du froid et du nucléaire. Tout bien crédible pour qui n’y connaît rien en la matière (quand on s’y connaît peut-être aussi remarque, j’y connais rien).   Faut […]

Coutures de vacances

Voilà un bel été qui se termine. Enfin, ce sont les vacances scolaires qui se terminent, mais quand on est prof, après deux mois d’inactivité professionnelle, la reprise est un choc. D’autant que les premières semaines sont forcément intenses. Parce qu’il faut apprendre à connaître les élèves le plus rapidement possible (heureusement, on en retrouve […]

Ça par exemple !

Dolores Claiborne par King

Un livre qu’on ne lâche pas facilement.

Parce qu’il n’y a pas de chapitres ! diront certains.

Certes. Mais surtout parce qu’on se laisse happer par le bagou de Dolores.

 

Dans un long monologue, elle va convaincre les flics qu’elle n’a pas tué Véra, la vieille chez qui elle travaillait depuis de longues décennies, malgré les qu’en dira-t-on. En racontant sa vie, et ce qu’elle sait de celle sa patronne, elle va nous donner les clés pour comprendre.

Et c’est là que réside le suspense. A quoi va ressembler l’intérieur quand on aura enlevé les rideaux aux fenêtres ? Car comme il est si bien précisé à plusieurs reprises, une histoire familiale ne ressemble jamais à ce que les gens croient de l’extérieur. On analyse les choses selon nos à priori et on déforme les faits à l’aulne de nos préjugés.

 

Qui mieux que Stephen King pénètre si bien l’esprit d’une femme – quand d’autres en sont encore à le chercher ? D’où le fait, sûrement, que ce roman est jugé féministe. Mais femme ou homme ou enfant, c’est bien là toute la subtilité du King de cerner avec autant de clairvoyance l’humain, et d’y associer son sens affuté de la narration.

Ça c’est ce que j’aime chez Stephen King, comme dans Ça par exemple.

Culture à la mode

La permaculture, c’est un peu l’art de vivre avec la nature. C’est un mode de culture qui prend exemple sur la nature.

On est bien loin de nos jolis rectangles, délimités par des tasseaux de bois, agrémentés de rangs de légumes semés au cordeau.

Tout cela vous semble un peu rectiligne et vous vous dites que c’est bien normal pour les deux profs de maths que nous sommes Jules et moi. Ne vous gênez pas pour les clichés. Figurez-vous que nos rectangles ont en réalité un penchant trapézoïdal et que si leurs bords sont dans l’alignement d’un point de fuite, c’est pour l’esthétique de la chose. Les mathématiques s’accommodent de tous les arts…

 

J’ai lu récemment La permaculture de Carine Mayo, il faut bien se cultiver un peu.

Carine Mayo maîtrise apparemment bien son sujet et le livre qu’elle nous propose est bien documenté. Les références sont toujours claires et les idées intéressantes. Un peu répétitif toutefois.

Par contre, ce qui est expliqué est toujours argumenté et ce qui ne fait pas l’unanimité est présenté selon plusieurs points de vue.

Cependant, ne nous leurrons pas, il semble très simple de laisser faire la nature, mais dans la réalité, c’est certainement un peu plus complexe que cela et il faut sûrement un peu de pratique pour arriver aux résultats présentés dans ce livre. Maintenant tout s’apprend, comme je le dis (trop) souvent…

 

Et il est vrai que tout ce foisonnement végétatif donne envie d’un retour aux sources. Et là, je sais pourquoi je vis paumée (au milieu de nulle part quoi, mais dans ma tête ça va, hein…) dans l’Orne et pas en milieu urbain.

 

Le petit air, pour la voix magnifique, Satchmo :

« I see trees of green

Red roses too

I see them bloom

For me and you

And I think to myself

What a wonderful world

[…]”

 

Extrait de What a wonderful world, Louis Armstrong :

Un avis hasardeux

Je sens que je vais devoir me remettre un peu plus à fond dans le boulot dans les jours qui vont venir. J’ai passé presque deux heures aujourd’hui à désespérer sur scratch. Pour finalement décidé qu’à part quelques grandes lignes, quelques fiches que je possède déjà, je fignolerai tout ça en cours d’année tant la tâche me semble floue et rebutante pour le moment.

Surtout que nous n’avons toujours pas décidé de commander des manuels scolaires pour nos élèves ou non. Quand il y a deux mois j’imaginais aisément m’en passer, je dois dire que j’ai complètement changé d’avis. C’est impossible de préparer « proprement » des nouveaux cours (j’entends par là les cours, les fiches d’exercices, activités diverses… l’ensemble quoi) pour les tous les niveaux que nous auront (trois pour ma part), même en reprenant le maximum de ce que l’on fait déjà. Il y a trop de changements, sauf pour la sixième qui n’est pas si différente en dehors de la géométrie dans l’espace.

Étant arrivée à saturation très rapidement aujourd’hui, j’ai laissé tomber et je me suis rassurée en me disant que c’est dimanche en plus d’être les vacances, merde alors…

Je me suis finalement abrutie de lecture, n’arrivant pas à lâcher mon Thilliez en cours, mais j’en reparlerai ultérieurement, ayant encore quelques livres de retard dans mes avis.

 

Au retour de mes vacances en Espagne, j’ai lu L’ironie du sort, de Paul Guimard.

L'ironie du sort par Guimard

Lu en seconde, je me demandais si mon souvenir d’un bon livre était justifié ou influencé par l’admiration que je vouais à ma prof de français cette année-là.

 

Tout d’abord, j’ai trouvé le style riche et très soigné, tout en restant agréable et fluide. Première bonne impression.

 

« La sœur d’Albert avait été sa « bonne amie » à l’époque où Antoine, apprenti de soi-même, découvrait les exigences du corps à travers des contacts furtifs et de maladroites manipulations. Plus âgée que lui, moins timide surtout, comme sont les campagnardes, Janine avait été sa complice dans cette exploration d’un pays plein de hontes et de bouleversements. Leurs deux ignorances conjuguées procédaient par étapes incertaines. Dans le foin sec des granges, dans les creux moussus des écarts, ils avaient appris ensemble les premiers gestes de ce qu’il faut bien appeler l’amour puisque le désir n’appartient pas au vocabulaire de l’adolescent. »

 

 

L’histoire est intéressante et habilement déroulée : une première partie nous expose l’intrigue « de base ». Dans les parties suivantes, à partir d’un détail qui change, disons au milieu de l’histoire, la suite est déroulée de manière différente et cela à plusieurs reprises, tout le début, qui est identique, n’étant pas repris.

Antoine commet un acte de résistance pendant la seconde guerre mondiale. Du démarrage d’une voiture dépendra le bon déroulement de celui-ci. Et du déroulement de celui-ci dépendra le reste de la vie d’Antoine et, par ricochet, d’autres personnes.

 

Ce livre nous porte à réfléchir à la notion de hasard, en opposition à celle de destin. Il nous rappelle que les choix que nous faisons ne sont pas suffisants à déterminer nos vies.

De cela découle des remarques sur la personnalité, qui fluctue en fonction de l’entourage, des circonstances, tout en restant la même.

 

« On se fait mal à l’idée qu’un même individu soit différent selon les interlocuteurs sans cesser d’être fidèle à lui-même. Les relations humaines se trouveraient simplifiées si l’on tenait pour évident qu’un homme pût préférer les abricots chez son père, les fraises chez son camarades et les cerises chez sa femme sans être incohérent pour autant. Cette élémentaire vérité n’étant généralement pas admise, on trébuche sur les contradictions aussitôt  qu’on aborde des domaines plus souterrains  que celui des prédilections fruitières. »

 

 

Enchantée par cette relecture, elle confirme la chance que j’ai eu d’avoir cette prof-là (pour ceux qui me suivent, elle nous a fait lire aussi Gary et Ajar lors de cette année).

 

 

Finalement en contrepied de ce qui est développé dans le livre, mais pour rigoler un peu, le petit air, hein…

« Eh les keufs eh les meufs dans le RER

La banlieue c’est pas rose la banlieue c’est morose

Alors prends-toi en main c’est ton destin c’est ton destin

Prends, prends, prends toi en main c’est ton destin

[…] »

 

Extrait de C’est ton destin, Les Inconnus :

 

Des mathématiques poétiques

Peut-être serait-il intéressant de faire connaître quelques mathématiciens, un peu moins poussiéreux que Pythagore et Thalès, aux élèves de collège.

Mais il m’est difficile d’intégrer ce genre de digressions à mes cours. Faut-il voir l’histoire des mathématiques, de manière simplifiée mais exhaustive ? Faut-il choisir quelques mathématiciens « au hasard » et demander des exposés aux élèves ? Dans ce cas, quelles attentes avoir ? Comment évaluer le travail fourni ? Comment trouver le temps pour ces exposés, dans les heures qui sont déjà comptées ?

Le hasard n’en serait pas vraiment un. Difficile de trouver un lien entre les mathématiciens dont la vie est intéressante, un peu palpitante par exemple, et les notions abordées au collège.

Pourtant, personnifier les mathématiques les rendrait peut-être un peu plus accessibles à certains.

Il y a bien quelques personnalités remarquables dans les mathématiciens. Évariste Galois en fait partie, Niels Abel aussi. Je pense aussi à Nicolas Bourbaki bien sûr… Parmi les fondateurs de l’informatique, il y a sûrement aussi matière à intéresser la jeunesse.

 

Pour l’instant, dans ma remise au travail, je me penche d’abord sur ce qui me parait le plus urgent. J’ai déjà passé quelques heures à réfléchir à la partie « algorithmique et programmation » que l’on va inaugurer l’année prochaine.

Bien sûr, ce n’est pas satisfaisant du tout. Car finalement, ça donne envie de faire quelque chose de bien, mais par manque de temps – temps de préparation – je vais me contenter du minimum.

 

Pour revenir aux mathématiciens, j’ai lu, pendant mes vacances, une biographie tout à fait remarquable de François-Henri Désérable, sur Évariste Galois. Voilà l’avis que j’en donne :

Évariste par Désérable

Le Rambo des mathématiques, ils disent, c’est bizarre pour un mec qui meurt à vingt ans…

Ah… Rimbaud. Pas Rambo. Mais je vois plus par qui il est joué celui-là…

 

 

 

L’auteur nous livre ici une biographie tout à fait particulière : ton fluctuant, du courtois au vulgaire ; contenu oscillant de l’érudition à l’ignorance.

Souvent l’auteur nous dit qu’on ne sait pas. Manie pénible pour certains, elle a l’avantage d’annoncer clairement la valeur de ce qui la suit. Que de biographies, romancées, ne définissent pas clairement la frontière entre information et imagination.

 

Pas très académique tout cela. Mais oh combien adapté à ce personnage, cette personne – on oublie qu’un tel homme puisse être bien réel tant sa vie, le peu qu’on en sait, ressemble à un pitch de cinéma.

Évariste Galois n’entrait pas dans les normes. Il a raté son entrée à Polytechnique ; poursuivi par le mauvais sort, ses travaux ont été perdus, oubliés à cause du décès de Fourier…

Il s’engage « politiquement », fait de la prison puis meurt dans un duel galant.

 

 

Évariste figure à merveille la passion.

Passion pour les mathématiques. Car on peut vibrer à la lecture d’équations comme à la déclinaison d’un poème ou à l’écoute d’une musique qui vous chamboule les entrailles. Les mathématiques usent d’un langage singulier, esthétique qui plus est. Elles peuvent atteindre l’harmonie et procurer une vraie jouissance.

Contrairement à l’image de labeur sérieux et de rigueur chiante qui en est donnée.

 

Je suppose que c’est cette jouissance qui a émoustillé l’auteur et qui, par réflexe, lui fait écrire des anecdotes ou des digressions sensuelles, voire sexuelles, à toute occasion.

 

Rien d’austère dans tout cela donc. Et il est bon de le rappeler car que de talents mathématiques sont gâchés à cause de cette mauvaise réputation.

 

Les mathématiciens sont des hommes, parfois même des femmes mais c’est plus rares, aussi vivants que tous les autres hommes… mais parfois morts très jeunes quand même.

 

 

 

 

 

Puisqu’on a le droit de penser poésie quand on parle de mathématiques, eh bien chantons-en :

 

« Au village, sans prétention,
J’ai mauvaise réputation ;
Que je me démène ou je reste coi,
Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
Mais les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Non, les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.
[…] »

 

Extrait de La mauvaise réputation, Gorges Brassens

 

Un train de retard

Un livre avec de belles promesses en quatrième de couverture ! Méfiance… « critique unanime » disent-ils. Ben, s’il n’y en a qu’une, elle est forcément unanime, non ? « ce premier roman est LA révélation de l’année » disent-ils aussi. Ah ! Nous y voilà. Un premier roman… Est-ce un prolongement du culte de la vierge ? Il faut trouver un bon […]

Fichiers de vacances

En partie à cause de la réforme du collège, qui prévoit des changements de programmes dans tous les niveaux simultanément, j’ai décidé cette année de consacrer quelques heures de mes vacances à… travailler. Pour ne pas me retrouver débordée en septembre par les cours à préparer, en plus de prendre connaissance des classes et de mettre en route le travail.

 

En mathématiques, la grande nouveauté, c’est la partie algorithmique et programmation. Nous sommes fortement incités à utiliser le logiciel scratch pour faire découvrir cette « discipline » à nos élèves. Bien sûr, il y aurait certainement beaucoup d’autres choses très bien à faire que de « programmer » un chat. Mais n’y connaissant somme toute pas grand-chose de plus que mes futurs élèves, je ne vais pas aller chercher loin pour l’année prochaine et je vais me contenter du minimum pour cette partie. Je consulte régulièrement et depuis très longtemps le site de Juliette Hernando : http://juliette.hernando.free.fr/index.php ; je me suis inspirée de son travail pour faire mes progressions, par exemple, et je suis toujours très impressionnée par la quantité (et la qualité à mon avis) du travail qu’elle fournit.

Je me suis aussi beaucoup servie de toutes ses « séances » de travail mental. Mais je ne voulais pas reprendre ses animations, alors j’ai fait autre chose, de beaucoup plus sobre : des fichiers avec le logiciel de présentation d’open office. Je diffuse les diaporamas aux élèves, ils écrivent les réponses sur un tableau de dix cases. Je passe à la diapo suivante en cliquant sur la souris (il me faudrait en effet une souris sans fil pour pouvoir cliquer sans rester scotchée devant mon ordi). Comme ça, j’adapte le temps de chaque diapo en fonction de ce qui est demandé, mais en fonction des circonstances de classe aussi. Ensuite, nous donnons les réponses au tableau, les élèves écrivent sur leur feuille la bonne réponse s’ils avaient faux. Et je distribue des feuilles avec les énoncés.

Au niveau préparation, il faut donc que je prépare les diaporamas et les fichiers texte. Ce qui est très long, même en usant des « copier-coller », à cause des formules, à cause de la taille de la police aussi. Il faut bien sûr trouver aussi les sujets abordés, les questions à poser pour chaque thème et pour que ce soit un travail vraiment utile, il faut en prévoir une progression qui s’inscrit sur l’année et qui sert les différentes notions.

Je pratique cette activité avec mes classes depuis plusieurs années et le but est de les aider à retenir des résultats, à acquérir des automatismes, dans le calcul essentiellement. Cela fait aussi un bon rituel de début d’heure, les élèves sont plus actifs que pour d’autres exercices (certainement parce qu’ils savent qu’ils n’ont rien d’autre à écrire que la réponse, ils rentrent plus volontiers dedans) et en plus ils aiment ça (d’après les fiches bilan de fin d’année).

Donc pour mes futurs 6ème, je compte commencer par le travail mental trois fois par semaine (sur 4h 1/2 de cours par semaine). Il me faut donc environ 90 séances (j’ai compté trois fois 30), en comptant les séances de « reprise ». Toutes les six séances, je fais une séance qui reprend des questions des thèmes précédents, pour inciter les élèves à retravailler seuls les séances (d’où la distribution des énoncés, mais je ne crois pas qu’ils le font) et pour leur montrer surtout qu’on reprend les notions tout au long de l’année.

Voilà quelques exemples de ce que cela donne au niveau 6ème.

TM 6ème 1

TM 6ème 2

 

Il me reste une dizaine de notions que je n’ai pas mises, de la géométrie entre autres, très long à faire… J’ai déjà 107 séances, il faut que j’en réunisse certaines, sinon je ne pourrai pas tout faire. Il faut que j’organise donc l’ordre des séances et que je fasse les diaporamas correspondants. Je pense qu’il faut encore une dizaine d’heures de travail rien que pour le niveau 6ème.

En 5ème, j’ai une vingtaine de séances de prêtes (il m’en faut une soixantaine). Et en 3ème, je dois pouvoir reprendre une vingtaine de séances de celles que je faisais déjà.

En faisant le bilan, là, j’ai l’impression qu’il me reste une montagne à franchir et ça commence un peu à me sortir par les yeux ces séances de travail mental.

Donc je vais mettre un peu de côté cela pour l’instant.

 

 

Pour en revenir à l’algorithmique programmation, sur le site de Juliette Hernando, des fiches « scratch » sont accessibles pour tous les niveaux. Donc là, j’ai décidé de pomper, même pas honteusement, son travail. Je vais juste sélectionner quelques fiches. Je verrai bien en cours d’année si j’adapte ou pas, mais faute de temps, au moins, je serai sûre d’avoir une base utilisable telle quelle.

Je vais m’occuper un peu de cela dans les jours qui viennent, pour me distraire du travail mental…

 

Il reste tant à faire que c’est un peu effrayant, et je ne compte pas y passer toutes mes journées non plus…

Les clowns lyriques de Romain Gary

La Danse de Gengis Cohn par GaryJacques Rainier (c’est bien le même nom que dans Clair de femme, mais ce n’est pas le même personnage) est un idéaliste en attente de son départ pour de grandes causes et de belles idées.

Mais c’est l’amour qu’il va rencontrer inopinément, incarné par Ann, femme mariée à Willie Bauché. Ann est une actrice et Willie un impresario, leur union est donc de raison.

Tandis qu’entre Ann et Jacques, c’est bien de l’amour complètement irraisonné, sous forme de coup de foudre et lune de miel improvisée.

Voilà, voilà…

 

Publié en 1979, un an avant la mort de Gary, c’est un livre totalement désabusé qu’il écrit. En réalité, à ce moment-là, Romain Gary met de l’ordre dans ses papiers, ce que l’on fait croyant ainsi mettre de l’ordre dans sa vie. Les clowns lyriques n’est rien d’autre que la réécriture de son quatrième livre publié Les couleurs du jour.

Alors on entrevoit que ce cynisme face aux idéaux, cette désillusion sur la nature humaine peuvent être des conséquences de la guerre. Mais il est étonnant que ce roman passe si bien pour un roman de vieux lorsqu’il ne l’est pas et quand je dis « de vieux » j’entends « de quelqu’un au bout de sa vie ».

Certains démons sont sûrement trop encombrants dans la vie (pour les connaisseurs, pensez à La danse de Gengis Cohn avec le commissaire Schatz et son dibbuk). Il est sûrement usant aussi d’avoir compris trop tôt la vie si intensément et dans ces conditions, il est difficile de durer trop longtemps, usant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les écrivains ont le droit de disposer de leur personnage, surtout quand il s’agit d’eux-même.

 

Pour en revenir au livre Les clowns lyriques, c’est un de ceux que j’ai le moins apprécié de Gary. Pour moi, c’est comme s’il était resté à l’état de brouillon ou d’ébauche (alors que c’est une réécriture, c’est gênant…)

Bien sûr, comme d’habitude, Gary a le sens de la formule, ce dont il use et abuse souvent. Mais cela ne fait pas tout et il a indéniablement manqué quelque chose à ce roman pour qu’il m’emporte vraiment en terre garienne : une consistance à l’histoire. Parce que celle-ci peut se résumer à la rencontre de deux amants et à la valse-hésitation du mari trompé.

Un petit plus tout de même : une évocation un peu plus profonde du baron, si tant est que l’on puisse parler de profondeur quand il s’agit du baron.

 

Pour les non-initiés à Gary, ne prenez pas le risque de commencer par celui-ci.

Retenant un éclat de rire monumental, drapée du dégoût le plus humain pour l’humanité, je passe mon chemin pour retourner en Normandie.