Les clowns lyriques de Romain Gary

La Danse de Gengis Cohn par GaryJacques Rainier (c’est bien le même nom que dans Clair de femme, mais ce n’est pas le même personnage) est un idéaliste en attente de son départ pour de grandes causes et de belles idées.

Mais c’est l’amour qu’il va rencontrer inopinément, incarné par Ann, femme mariée à Willie Bauché. Ann est une actrice et Willie un impresario, leur union est donc de raison.

Tandis qu’entre Ann et Jacques, c’est bien de l’amour complètement irraisonné, sous forme de coup de foudre et lune de miel improvisée.

Voilà, voilà…

 

Publié en 1979, un an avant la mort de Gary, c’est un livre totalement désabusé qu’il écrit. En réalité, à ce moment-là, Romain Gary met de l’ordre dans ses papiers, ce que l’on fait croyant ainsi mettre de l’ordre dans sa vie. Les clowns lyriques n’est rien d’autre que la réécriture de son quatrième livre publié Les couleurs du jour.

Alors on entrevoit que ce cynisme face aux idéaux, cette désillusion sur la nature humaine peuvent être des conséquences de la guerre. Mais il est étonnant que ce roman passe si bien pour un roman de vieux lorsqu’il ne l’est pas et quand je dis « de vieux » j’entends « de quelqu’un au bout de sa vie ».

Certains démons sont sûrement trop encombrants dans la vie (pour les connaisseurs, pensez à La danse de Gengis Cohn avec le commissaire Schatz et son dibbuk). Il est sûrement usant aussi d’avoir compris trop tôt la vie si intensément et dans ces conditions, il est difficile de durer trop longtemps, usant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les écrivains ont le droit de disposer de leur personnage, surtout quand il s’agit d’eux-même.

 

Pour en revenir au livre Les clowns lyriques, c’est un de ceux que j’ai le moins apprécié de Gary. Pour moi, c’est comme s’il était resté à l’état de brouillon ou d’ébauche (alors que c’est une réécriture, c’est gênant…)

Bien sûr, comme d’habitude, Gary a le sens de la formule, ce dont il use et abuse souvent. Mais cela ne fait pas tout et il a indéniablement manqué quelque chose à ce roman pour qu’il m’emporte vraiment en terre garienne : une consistance à l’histoire. Parce que celle-ci peut se résumer à la rencontre de deux amants et à la valse-hésitation du mari trompé.

Un petit plus tout de même : une évocation un peu plus profonde du baron, si tant est que l’on puisse parler de profondeur quand il s’agit du baron.

 

Pour les non-initiés à Gary, ne prenez pas le risque de commencer par celui-ci.

Retenant un éclat de rire monumental, drapée du dégoût le plus humain pour l’humanité, je passe mon chemin pour retourner en Normandie.

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