Des mathématiques poétiques

Peut-être serait-il intéressant de faire connaître quelques mathématiciens, un peu moins poussiéreux que Pythagore et Thalès, aux élèves de collège.

Mais il m’est difficile d’intégrer ce genre de digressions à mes cours. Faut-il voir l’histoire des mathématiques, de manière simplifiée mais exhaustive ? Faut-il choisir quelques mathématiciens « au hasard » et demander des exposés aux élèves ? Dans ce cas, quelles attentes avoir ? Comment évaluer le travail fourni ? Comment trouver le temps pour ces exposés, dans les heures qui sont déjà comptées ?

Le hasard n’en serait pas vraiment un. Difficile de trouver un lien entre les mathématiciens dont la vie est intéressante, un peu palpitante par exemple, et les notions abordées au collège.

Pourtant, personnifier les mathématiques les rendrait peut-être un peu plus accessibles à certains.

Il y a bien quelques personnalités remarquables dans les mathématiciens. Évariste Galois en fait partie, Niels Abel aussi. Je pense aussi à Nicolas Bourbaki bien sûr… Parmi les fondateurs de l’informatique, il y a sûrement aussi matière à intéresser la jeunesse.

 

Pour l’instant, dans ma remise au travail, je me penche d’abord sur ce qui me parait le plus urgent. J’ai déjà passé quelques heures à réfléchir à la partie « algorithmique et programmation » que l’on va inaugurer l’année prochaine.

Bien sûr, ce n’est pas satisfaisant du tout. Car finalement, ça donne envie de faire quelque chose de bien, mais par manque de temps – temps de préparation – je vais me contenter du minimum.

 

Pour revenir aux mathématiciens, j’ai lu, pendant mes vacances, une biographie tout à fait remarquable de François-Henri Désérable, sur Évariste Galois. Voilà l’avis que j’en donne :

Évariste par Désérable

Le Rambo des mathématiques, ils disent, c’est bizarre pour un mec qui meurt à vingt ans…

Ah… Rimbaud. Pas Rambo. Mais je vois plus par qui il est joué celui-là…

 

 

 

L’auteur nous livre ici une biographie tout à fait particulière : ton fluctuant, du courtois au vulgaire ; contenu oscillant de l’érudition à l’ignorance.

Souvent l’auteur nous dit qu’on ne sait pas. Manie pénible pour certains, elle a l’avantage d’annoncer clairement la valeur de ce qui la suit. Que de biographies, romancées, ne définissent pas clairement la frontière entre information et imagination.

 

Pas très académique tout cela. Mais oh combien adapté à ce personnage, cette personne – on oublie qu’un tel homme puisse être bien réel tant sa vie, le peu qu’on en sait, ressemble à un pitch de cinéma.

Évariste Galois n’entrait pas dans les normes. Il a raté son entrée à Polytechnique ; poursuivi par le mauvais sort, ses travaux ont été perdus, oubliés à cause du décès de Fourier…

Il s’engage « politiquement », fait de la prison puis meurt dans un duel galant.

 

 

Évariste figure à merveille la passion.

Passion pour les mathématiques. Car on peut vibrer à la lecture d’équations comme à la déclinaison d’un poème ou à l’écoute d’une musique qui vous chamboule les entrailles. Les mathématiques usent d’un langage singulier, esthétique qui plus est. Elles peuvent atteindre l’harmonie et procurer une vraie jouissance.

Contrairement à l’image de labeur sérieux et de rigueur chiante qui en est donnée.

 

Je suppose que c’est cette jouissance qui a émoustillé l’auteur et qui, par réflexe, lui fait écrire des anecdotes ou des digressions sensuelles, voire sexuelles, à toute occasion.

 

Rien d’austère dans tout cela donc. Et il est bon de le rappeler car que de talents mathématiques sont gâchés à cause de cette mauvaise réputation.

 

Les mathématiciens sont des hommes, parfois même des femmes mais c’est plus rares, aussi vivants que tous les autres hommes… mais parfois morts très jeunes quand même.

 

 

 

 

 

Puisqu’on a le droit de penser poésie quand on parle de mathématiques, eh bien chantons-en :

 

« Au village, sans prétention,
J’ai mauvaise réputation ;
Que je me démène ou je reste coi,
Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
Mais les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Non, les brav’s gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux…
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.
[…] »

 

Extrait de La mauvaise réputation, Gorges Brassens

 

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