Continuer ?

Merci Marie-Laure du prêt de ce livre qui a tenu toutes tes promesses.

Continuer par Mauvignier

L’aventure commence dans un monde qui n’existe pas encore pour Samuel, au Kirghizistan, où il voyage aux côtés de Sybille, sa mère, qu’il ne connait pas mieux qu’elle-même ne se connait.

Pour ne pas laisser Samuel sombrer dans la délinquance et dans l’intolérance, Sybille décide de l’emmener dans un grand périple, à la rencontre de la nature et de l’autre, avec pour vecteurs les chevaux.

 

J’ai été touchée et profondément émue par la plume de l’auteur de bout en bout.

L’écriture est faite de sensations et d’atmosphère avec des dialogues parfois négligemment mêlés au récit, marquant une distanciation des personnages et paradoxalement nous offrant une plus grande implication dans la scène.

 

« […] Et puis il avait traversé la pièce avant d’entrer dans la cuisine et de dire avec une voix si forte et si consciente d’elle-même, de sa cruauté à ce moment-là, ma pauvre chérie, tu veux te barrer je ne sais pas où avec ton fils, faire du cheval pendant des mois ? […] »

 

On adopte les points de vue de Samuel et de sybille tour à tour et on adopte les deux, même s’ils sont en contradiction, on sait que la vie est faite ainsi. De même l’emploi du « on », très présent dans le récit, qui nous incite à nous laisser entraîner dans une neutralité nécessaire pour recevoir cette histoire.

 

« On décide rapidement que nos invités dîneront, boiront, dormiront avant de reprendre leur route. […] »

 

« Les Kirghizes partent dans des rires qui manquent de les étouffer, et l’alcool brille dans leurs yeux, cet alcool qui réchauffe tout et qui brûle, qui les tue les uns et les autres – parce qu’il y a aussi ça, on sait que les hommes d’ici ne dépassent pas souvent soixante ans. »

 

Puisque le dialogue est rompu – a-t-il déjà réellement existé ? – entre Samuel et sa mère, c’est par le partage de sensations qu’ils peuvent recréer un lien. Les descriptions nous sont donc offertes à coups d’impressions et de ressentis : la boue et le dégoût, le froid et la panique, la blessure et la colère, l’étranger et la peur, l’interdit et la haine, la puissance des chevaux et la fureur de vivre…

Si Samuel est placé au centre de l’intrigue au début, les contradictions de Sybille prennent le pas rapidement. Qu’est-ce qui explique que cette femme oscille entre un courage, une ténacité sans borne et un laisser-aller, une faiblesse psychologique désespérante ?

Les non-dits vont s’opacifier pour mieux se révéler ensuite. Parviendront-ils à libérer la parole et la peur ?

 

A lire, parce que l’écrit offre un temps de réflexion et de compréhension que ne remplace pas toujours l’oral…

 

 

 

C’est une des évolutions inquiétantes, pour ma part, de l’éducation en France. Privilégier l’oral, parce que des enfants ont des difficultés à passer par l’écrit. D’accord. Mais quelles conséquences pour l’avenir ?

Tout comme le numérique et la technologie, qui facilitent certains apprentissages – soi-disant, parce que je ne vois pas les études sérieuses qui viennent corroborer cet adage – mais à quel prix ?

On veut gagner du temps, gagner de l’efficacité, mais qu’en reste-t-il ?

Une des remarques récurrentes de nos inspecteurs, quand ils viennent observer nos cours – critiquer plutôt – c’est que les élèves n’ont pas été en activité pendant toute la séance, surtout si on a eu le malheur de leur faire écrire du cours.

A leurs yeux, le travail de groupe semble la panacée en matière de rendement, car les élèves sont en activité, ils sont en interaction, ils échangent, donc apprennent par eux-mêmes. Mais plus j’observe le travail de groupe que je fais faire ponctuellement à mes classes, plus je remarque qu’une partie des interactions consistent en des bavardages inutiles, que les tâches ne sont pas du tout bien réparties et qu’au lieu de travailler chacun activement, ils se reposent sur un ou deux pendant que les autres passent leur temps à observer – au mieux.

Aujourd’hui, en sixième, je les mets en groupe pour faire fonctionner un « algorithme » (qui n’en est pas vraiment un, c’est le problème de Syracuse si connaisseurs il y a ici). Ils doivent choisir un nombre entier inférieur à 100. Il y a du choix quand même ! Et bien au sein de plusieurs groupes, les trois ont pris le même nombre. Quel intérêt alors d’être en groupe ? Bien sûr, on peut penser que cela s’apprend : collaborer, échanger intelligemment, se mettre d’accord…

Mais je me demande si l’essentiel se situe là et je trouve cela trop tôt. Avant de travailler à plusieurs, tant doivent déjà apprendre à travailler eux-mêmes. Le temps des autres n’est pas toujours le même que le sien.

Je vois cette année des classes bruyantes, avec des élèves qui ne savent pas attendre, qui ne savent pas se concentrer et être attentifs.

Et je ne parle pas là de ma sixième Binz, cours catastrophique aujourd’hui encore, avec des élèves qui font des bruits, des claquements avec leurs colles, des sifflements dans les bouchons de stylos ou dans les taille-crayons, qui se mêlent de leurs voisins de rangée, qui râlent sans cesse, qui se mettent du scotch sur la bouche, qui se lèvent sans autorisation, qui mettent du blanco sur les tables, qui disent que le cours est nul, que savoir que quelqu’un nettoie la table ils s’en foutent. Plus une élève qui me dit qu’elle a mal dans le bas du ventre, un autre qui m’explique qu’il sait pourquoi il avait mal au ventre – à cause du chlore de la piscine, ah bon ? – et le troisième qui vient de casser ses lunettes, et encore un qui m’explique que, non, la géométrie il ne comprend pas et qu’il n’y arrivera jamais.

Une seule envie avec ces mômes : jeter l’éponge.

Et pourtant, il faut bien continuer…

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2 réflexions sur “Continuer ?

  1. J’ai beaucoup aimé ce roman moi aussi, je l’ai trouvé très juste et pour l’instant il fait partie de mes préférés de la rentrée littéraire. Je ne connaissais pas l’auteur, mais cet ouvrage donne envie d’explorer davantage son univers. Quant aux élèves de 6e, il faudra, je le crains, qu’ils attendent un peu avant de pouvoir lire un tel roman, mais à coup sûr, cela leur ferait du bien 😉 Courage !

    J'aime

    • J’ai un peu de décalage dans mes lectures, ce doit être le seul de la rentrée littéraire que j’ai lu. J’ai fait bonne pioche avec celui-là, donc, grâce à l’avis avisé d’une de mes collègues.
      Quand à mes 6ème… merci pour les encouragements.

      Aimé par 1 personne

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