En devenir

Au collège, il est fréquent que l’on se demande, au sujet d’un élève, s’il est honnête ou non, s’il est sincère ou non, s’il est timide, cool, renfermé, drôle, courageux, expansif, nerveux, fragile, travailleur, branleur, violent, sympathique, s’il gagne à ne pas être connu ou le contraire…

Bien sûr, les élèves sont un savant mélange de tout cela, mais il y a quelques traits dominants dans leur caractère. Et la question que l’on se pose souvent : comment va-t-il évoluer ? Que va-t-il devenir ?

Heureusement, nous n’avons que rarement la réponse.

Parce que c’est rassurant de ne les considérer que comme des êtres en devenir, pour lesquels rien n’est figé.

 

Et puis, quand nous savons ce qu’ils deviennent, ce n’est pas forcément bon signe.

 

Mais quand on voit les situations difficiles de certains, ce qu’ils peuvent accumuler de dur dans leur vie – maladie, violence, mort de proches, de trop proches – on se dit qu’il en faudra de bonnes rencontres, qu’il en faudrait des événements positifs pour compenser un peu tout cela. Et heureusement, c’est le cas, pour certains.

 

Les situations sociales difficiles me touchent d’autant plus qu’elles ne font pas vraiment partie de mon travail. Nous avons accès à certaines informations parfois de manière un peu officieuse, nous ne savons alors qu’en faire.

Certains ne veulent pas laisser pénétrer leur vie « privée » au collège, ils se préservent en laissant à la porte leurs problèmes. Finalement, c’est le mieux pour nous, le plus confortable et sûrement le plus efficace en termes de travail scolaire pour eux. Mais il faut en être capable et ce n’est pas donné à tout le monde, nous-mêmes, adulte, ne savons pas forcément le faire.

Et d’autres gagneraient à ce que l’on puisse exprimer ce que l’on pense de leur situation, comme un soutien moral. D’autres ont besoin de témoignages de sympathie, de soutien, d’écoute.

Parfois, c’est vraiment une charge, toutes ces âmes en devenir !

 

Dennis Lehane fait partie de ces auteurs qui donnent à réfléchir sur la société, sur nous-mêmes. C’est ce qui donne un côté intemporel à ces romans, les deux que j’ai lu du moins.

Mystic River par Lehane

Mistic River fut avant tout une rencontre avec des personnages.

Trois garçons que nous fréquentons brièvement à la frontière de leur enfance et de leur adolescence. Chacun est dépeint d’un certain point de vue, la connaissance que nous en avons n’est que tout à fait partielle et partiale.

 

Puis nous retrouvons ces trois personnages, trois hommes maintenant, dans un cadre critique : une enquête policière autour de la mort, violente, d’une jeune fille.

 

Plus que la partie policière, c’est le suspense psychologique qui prédomine ici. Avons-nous deviné les pensées des personnages – l’orientation de leur pensée du moins ? Sommes-nous prêt à accepter de croire ce qui nous est donné de chacun, bon fond, mauvais fond, victime ou coupable, repenti ou pas, faiblesse ou force… ?

C’est un roman noir, dont l’écriture sert le malaise que crée l’incertitude dans laquelle nous nous trouvons, car il est naturel de vouloir prendre parti envers les personnes que nous fréquentons.

 

Comme il doit être difficile d’être juré d’assises…

 

 

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