Contes : l’implicite décontenancé

Les nouveaux contes d'amadou koumba par Diop

Ce livre m’a beaucoup moins emballé que le précédent Les contes d’amadou koumba. Mais comme c’est un recueil de contes, il peut sembler assez naturel que les meilleurs d’entre eux aient été sélectionné pour le premier opus, et que ceux restant pour le second soient un peu moins savoureux.

 

Birago Diop, tout comme Hampaté Bâ l’a fait aussi, nous offre à l’écrit les traditionnels contes oraux africains, du Sénégal ou du Mali, là où se trouvent les peuples peuls, toucouleurs…

 

Ce sont des contes un peu comme nous avons des fables. Ils mettent souvent en œuvre des animaux, avec toute leur symbolique, Samba le lion, le roi, fort mais pas très malin, Leuk le lièvre, malingre mais très malin lui, Bouki l’hyène, bête et faible…

Un peu caricatural tout ça. Oui, dans le fond, ces contes allient l’art de la caricature au récit.

 

La différence avec les fables de La Fontaine par exemple, c’est que la morale est rarement énoncée. Elle n’est au mieux que suggérée, se permettant souvent de rester au stade de l’implicite.

Je trouve que c’est cela qui donne une grande force à ces récits : pas de morale à la noix du style « il faut… / il ne faut pas… », « bien / pas bien… ». Tout l’inverse de ce que l’on fait dans notre société actuelle en France, où l’on assène (où l’on assomme), particulièrement les jeunes, de messages d’un explicite exaspérant (« mangez 5 fruits et légumes », « les filles peuvent jouer au foot, les garçons peuvent faire la vaisselle », « fermez l’eau quand vous vous brossez les dents », « ne parlez pas aux inconnus dans la rue », « mettez un casque à vélo », « ne buvez pas d’alcool », « faites attention à vos camarades harcelés », « ne gâchez pas la nourriture », « ne parlez à n’importe qui sur internet »…)

Laissez-les donc se faire leur propre opinion, laissez-les donc se faire leur propre expérience !

Oui, mais doivent-ils eux aussi passer l’épreuve du feu, quitte à prendre le risque d’y laisser une partie d’eux-mêmes ?

Eh bien, déjà, les messages de prévention seraient plus rares, ils regagneraient peut-être en force.

Et puis, c’est là que réside le génie des contes. Raconter une histoire. Une histoire qui propose une expérience de vie et qui suggère une réflexion sans rien imposer. Donc sans le côté moralisateur.

Un bijou de pédagogie, que l’on préfère délaisser au profit d’une modernité qui cède au prêt à l’emploi, aux messages format encart publicitaire, quand la pensée demande du temps et des développements.

Voilà bien un genre qu’il faudrait réinventer à l’intention des nouvelles générations.

En attendant, n’hésitons pas à aller puiser chez ces peuples lointains cette sagesse à transmettre leur sagacité.

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