N’éteins pas la lumière

Dans le métier de prof, les heures de classe, même lorsque tout se passe bien, sont fatigantes. Parce qu’elles demandent d’y mettre toute son énergie, ou presque, il faut être pas loin des 100% d’efficacité.

Sauf les heures où il faut surveiller un contrôle. Pour autant, ce n’est pas ce que je préfère, loin de là : une heure d’ennui garanti, où l’inaction traumatise les secondes qui se distordent en minutes au risque de vous faire perdre patience à défaut de vous faire perdre l’esprit.

Bref. Une heure à gérer une suite d’activités, entre cours à exposer, à écrire ou à laisser deviner, exercices à initier, à surveiller, à réguler, à corriger, à modifier, interactions à générer, à contrecarrer, à diriger, à ignorer, à recentrer, à étouffer, à accélérer, interrogations à deviner, à laisser venir, à anticiper, à laisser de côté, à contenter, ce ne serait déjà pas de tout repos, mais ce ne serait presque rien s’il n’y avait pas… les élèves !

Les élèves. La classe. Une entité qui se personnifie très vite, dès qu’ils ont fait connaissance, suffisamment pour prendre leurs repères et se situer dans le groupe. D’ailleurs, nous-mêmes, on dit très vite « les 6B », les « 3B »…

Certaines heures virent au harcèlement. Ils ne le font pas volontairement, mais ils font mille choses que tu dois reprendre.

Dès l’entrée, il faut dire à certains « Relève-toi, personne n’est assis encore » parce que les élèves doivent rester debout tant qu’on ne leur a pas dit de s’assoir, ou bien « Tais-toi, on attend pour s’assoir » parce qu’on attend qu’ils se taisent pour leur dire de s’assoir (et je précise que le « nous » est là pour l’effet de proximité qu’il apporte entre eux et moi, parce que moi, je ne m’assieds pas !).

Ensuite, ponctuant l’heure, il faut intervenir sans cesse « Range tes ciseaux », « Cesse de faire du bruit avec ton classeur », « Ouvre ton livre », « Ne te balance pas », « Tiens-toi bien », « Retourne-toi », « Enlève les ciseaux de ta bouche », « Range ton scotch », « Lève la main pour parler », « Ne jette rien dans la classe », « Arrête de faire du bruit avec ton scotch », « Écris ce qui est au tableau », « Ne taille pas ton crayon avec tes ciseaux, c’est pénible », « Range cette feuille avant qu’elle n’atterrisse à la poubelle », « Cherche l’exercice », « Ne te lève pas sans autorisation », « Écoute ton camarade », « Enlève le scotch de ta bouche, c’est ridicule », « Attends qu’on te donne la parole pour la prendre, même si tu lèves la main »…

Quand la sonnerie retentit et qu’il se lève avant que tu en aies donné le signal, lui, celui qui t’use les nerfs ou un autre, quelle différence, tu feins d’en être d’accord et dans un soupir de soulagement tout à fait intérieur, tu relâches la pression pour repasser en mode normal et détendu.

Mais parfois, tu tombes sur un chieur, le vrai, mesquin même, qui lui est tout à fait volontaire dans l’entreprise d’usage de nerfs. En sortant, il se cogne dans le mur juste à côté de la porte, là où il y a les interrupteurs. Et tu revêts ton air revêche encore une fois pour ajouter : « N’éteins pas la lumière !».

N'éteins pas la lumière par Minier

Dans ce livre, on retrouve Servaz, un peu.

On retrouve le style efficace de Bernard Minier qui nous propose là encore un pavé. Heureusement, au regard de la complexité de l’histoire, avec moins de pages, il en aurait manqué.

Et puis toutes ces pages, elles tournent toutes seules. Mais à la moitié du livre, on a soudain l’impression d’être arrivé au bout. On se doute bien qu’il va y avoir des rebondissements et on veut savoir.

Alors on tourne, on tourne. Il parait qu’on ne voit rien arriver. Ben, si, quand même. Parce qu’on cherche à comprendre. Et on se doute qu’il va y avoir des rebondissements et on veut savoir.

Alors on tourne, on tourne. Jusqu’à la fin. Et…

Bien sûr, je ne peux pas expliquer ce qui me fait râler car cela concerne l’intrigue. Trop complexe peut-être.

Le style, lui, est impeccable, pour tenir en haleine sans ennui, pour captiver sans faille, pour dérouler l’histoire sans accroc.

Passionnant ! Mais décevant…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s